Monday, December 15, 2008

Pazienza.

Signifie littéralement "patience". Mais ici en Italie, "pazienza" est beaucoup plus.
Pazienza est la résignation, le fatalisme qui règne dans ce pays, la stratégie que les gens appliquent pour ne pas devenir fous. Ce que je devrais apprendre aussi, sûrement.

Mon travail d'éducatrice, peu gratifiant, mal payé et sans garanties, me pompe toute mon énergie. Les enfants italiens sont... insupportables. Enfants-rois, en puissance. Ils crient tout le temps. Ils n'écoutent rien. Ils se fichent de tout. Ils ont des parents tout aussi insupportables, qui accordent trop d'importance à ce qui n'en a pas, et pas assez au reste... "ah non mais ma fille ne peut pas manger des tartines à midi, ça va lui bousiller l'estomac, il lui faut des pâtes, et, quoi?!, vous n'avez pas de micro-ondes pour chauffer ses pâtes?? non mais ce n'est pas possible!" etc....alors que tu lui parles des devoirs de sa fille, et de sa socialisation en classe et de trucs du genre, et elle s'en fiche pas mal. Frustrant.
"Pazienza" qu'on dit alors.

Aujourd'hui, nous sommes le 15/12, mon contrat se termine, comme celui de la plupart de mes collègues, le 31/12. A notre demande de savoir s'il sera renouvelé ou pas, et quand le saura-t-on, dans quelles conditions?, on nous dit qu'il est "très tôt, et puis vous êtes plus de 60, donnes-nous le temps, on vous appellera pendant les vacances (càd après le 22/12) pour en discuter". Je suis révoltée. Eux pas.
Pazienza, qu'ils me disent, les collègues.

Vendredi, à la gare de Lecco, un type en bout de file attend son tour. Arrivé (enfin!) au guichet, celui-ci ferme devant son nez... sans le servir. L'heure c'est l'heure. Etonnant d'ailleurs pour des employés d'un service qui n'est JAMAIS à temps. Résultat: le type, vert de rage, a engueulé et injurié en criant l'employé et les "Ferrovie dello Stato di merda", e déclaré que "vaffanculo tutti, io non pago più per questi servizi che non sono servizi" ("je ne paie plus pour des services qui n'en sont pas"), et il est parti prendre son train sans billet. J'ai failli l'applaudir car il a dit tout haut ce que je pensais tout bas... j'aurais dû. La prochaine fois, j'applaudis!
J'espère juste qu'il n'aura pas été contrôlé... et si c'est le cas... pazienza...


Changement de ma plaque auto belge pour une italienne, sans doute la chose la plus débile que j'ai faite cette année : totalement dénuée de sens, et chère en plus. Des €€€ pour rien. Cinq (5!) visites au bureau ad hoc (ouvert 8h30-11h30, évidemment), lors de la dernière on m'apprend qu'endéans les 60j je dois aller à un autre bureau, demander des formulaires, aller les payer à la poste (la dernière fois : 1h de file et 1.80€ de frais de traitement, par virement, donc dans mon cas 3 x 1.80€ rien que pour ça), et y retourner chercher les documents complétés en personne (horaires sensiblement égaux aux précédents). Ca m'aura donc fait en tout 7 "visites" dans de sympathiques bureaux administratifs italiens, 7 fois prendre un numéro et attendre, 7 fois quitter le boulot plus tôt en courant pour arriver avant 11h30, sept fois me demander si c'est vraiment nécessaire tout ce brol... et deux agréables "séjours" à la poste pour payer, avec surplus d'1.80€/virement de taxes sur le paiement d'un truc qui est déjà un paiement de taxes. L'état se fout de moi.
Et quand je demande à la dame "mais vous ne pourriez pas m'envoyer ce document par la poste? je vous paye même le timbre s'il faut!", elle me dit: "ah non madame il faut venir en personne... PAZIENZA!"

bah.... en tout cas, l'Italie au quotidien, ça forme le caractère.

Et des fois (souvent), t'as envie de faire ça!
(dessin de Tony)

1 comment:

Aurélie said...

Bah, tu sais, c'est pas que je l'aime pas, mais des fois je reste stupéfaite par rapport à certaines choses ici!
J'observe et (me) pose des questions, c'est tout. J préfère chercher à comprendre que dégager!